Prestations appréciables en argent : le piège fiscal à éviter

Qu'est-ce qu'une prestation appréciable en argent ?
Une prestation appréciable en argent (PAA) est un avantage économique accordé par une société à un actionnaire (ou une personne proche) qui ne correspond pas à une contre-prestation équivalente et qui n'aurait pas été accordé à un tiers indépendant dans les mêmes conditions. En d'autres termes, c'est un transfert de valeur déguisé.
Le fondement legal se trouve dans la LIFD (art. 20 al. 1 let. c) pour l'imposition de l'actionnaire et dans la LIFD (art. 58 al. 1 let. b) pour la reprise fiscale au niveau de la société. Le concept est egalement ancre dans la jurisprudence du Tribunal fédéral.
Les conditions d'une PAA selon la jurisprudence :
1. La société fournit une prestation sans contre-prestation equivalente (ou reçoive une contre-prestation insuffisante)
2. La prestation profite a l'actionnaire ou a une personne proche
3. La disproportion entre prestation et contre-prestation est manifeste
4. Les organes de la société pouvaient reconnatre cette disproportion
Les PAA sont traitees comme des distributions dissimulees de bénéfice : elles sont reprises dans le bénéfice imposable de la société et imposees comme un rendement de participation chez l'actionnaire.
Les exemples les plus frequents
Les situations suivantes sont regulierement qualifiees de PAA par l'administration fiscale :
Salaire excessif de l'actionnaire-directeur : un salaire nettement supérieur à ce qu'un tiers indépendant recevrait pour la même fonction. L'AFC compare avec les salaires du marché et peut reprendre la part excessive.
Loyer non conforme au marché : la société loue un bien à l'actionnaire à un loyer inférieur au marché, ou l'actionnaire loue un bien à la société à un loyer supérieur au marché.
Pret sans intérêt ou a taux réduit : un pret de la société a l'actionnaire sans intérêt ou a un taux inferieur aux taux publiees par l'AFC (circulaire sur les taux d'intérêt admis fiscalement).
Charges privées de l'actionnaire prises en charge par la société : vacances, véhicule privé, frais de rénovation du domicile personnel.
Prix de transfert non conformes : transactions entre sociétés liées (même groupe) à des prix qui ne correspondent pas au principe de pleine concurrence (arm's length principle).
Renonciation a un revenu : la société accorde un avantage a l'actionnaire en renoncant a percevoir un revenu qu'elle aurait pu obtenir d'un tiers (ex. : prestation gratuite, vente sous le prix du marche).
Consequences fiscales des PAA
Les consequences d'une PAA sont severes et touchent a la fois la société et l'actionnaire :
Au niveau de la société (personne morale) :
- Reprise dans le bénéfice imposable : le montant de la PAA est ajoute au bénéfice de la société
- Impôt sur le bénéfice supplémentaire
- Impôt anticipe de 35% sur le montant de la PAA (considéré comme une distribution de dividende)
- L'impôt anticipe est a la charge de la société si elle ne l'a pas retenu
Au niveau de l'actionnaire (personne physique) :
- Imposition comme rendement de participation (dividende déguisé)
- A Genève, imposition a 70% du montant pour l'ICC (participation qualifiee > 10%) et 70% pour l'IFD
- Possibilite de récupérer l'impôt anticipe de 35% uniquement si la PAA est declaree
Au total, la charge fiscale d'une PAA peut depasser 50% du montant concerné, sans compter les intérêts moratoires et les eventuelles amendes pour soustraction fiscale.
Prescription : l'administration fiscale peut reprendre les PAA sur les 10 dernières années en cas de soustraction fiscale.
Comment eviter les PAA
La prevention est la meilleure strategie. Les bonnes pratiques :
Salaire du dirigeant-actionnaire : fixer un salaire conforme au marché. Documenter la comparaison avec des benchmarks sectoriels. En cas de doute, demander un ruling à l'administration fiscale.
Transactions avec l'actionnaire : appliquer systematiquement le principe de pleine concurrence. Chaque transaction doit être documentee par un contrat ecrit aux conditions du marche.
Prêts à l'actionnaire : respecter les taux d'intérêt minimaux publiés par l'AFC (circulaire annuelle). Documenter les prêts avec un contrat de prêt formel incluant un plan de remboursement.
Frais de representation : distinguer clairement les frais professionnels des dépenses privees. Utiliser un règlement de frais approuve par l'administration fiscale (ruling).
Vehicule de fonction : un règlement d'utilisation doit être en place. La part privee doit être ajoutee au salaire (forfait de 0.9% du prix d'achat par mois, minimum CHF 150/mois).
Comptabilité rigoureuse : chaque charge doit être justifiée par un document probant. Les écritures sans pièce justificative sont un signal d'alarme pour le fisc.
Klear Conseils audite regulierement les transactions entre société et actionnaires pour ses clients afin de prevenir tout risque de PAA.
Ruling et sécurité juridique
Pour securiser les transactions entre la société et ses actionnaires, il est possible de demander un ruling (accord prealable) a l'administration fiscale :
Le ruling est une prise de position ecrite de l'administration fiscale sur le traitement fiscal d'une situation donnee. Il lie l'administration pour autant que les faits presentes correspondent a la realite.
Situations ou un ruling est recommandé :
- Fixation du salaire du dirigeant-actionnaire
- Mise en place d'un règlement de frais
- Prets intra-groupe ou a l'actionnaire
- Transactions immobilieres entre la société et l'actionnaire
- Reorganisations (fusions, scissions, apports)
Le ruling se demande aupres de l'AFC cantonale (pour l'ICC) et de l'Administration fédérale des contributions (pour l'IFD). La demande doit être faite avant la realisation de l'operation.
Cout : généralement gratuit, mais necesssite un dossier bien prepare. Klear Conseils prepare et soumet les demandes de ruling pour ses clients, en coordination avec l'administration fiscale genevoise.
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