L'audit des comptes (Révision) : Obligation coûteuse ou label de qualité indispensable ?
- Edouard Mégevand
- 27 mai 2025
- 3 min de lecture

La révision des comptes est souvent vue comme une charge administrative. Pourtant, la loi offre aux PME une flexibilité unique ("Opting-out") tout en posant des garde-fous stricts. Comprendre ces mécanismes vous permet d'arbitrer entre économies immédiates et crédibilité financière.
C'est souvent le moment où vous recevez le devis de votre réviseur ou fiduciaire pour le contrôle des comptes annuels que la question se pose : "Est-ce vraiment nécessaire ?". Vous dirigez une PME de 5 ou 6 personnes, vous connaissez chaque dépense, chaque facture. Payer plusieurs milliers de francs pour qu'un expert externe vienne confirmer ce que vous savez déjà vous semble parfois superflu. D'un autre côté, vous craignez les conséquences : si je supprime le contrôle, est-ce que je ne risque pas d'avoir des problèmes avec le fisc ? Est-ce que ma banque va continuer à me suivre ? Vous êtes coincé entre la volonté d'optimiser vos coûts fixes et la peur de perdre en crédibilité.
En Suisse, le législateur a mis en place un système pragmatique qui adapte l'intensité du contrôle à la taille de l'entreprise. Il est crucial de comprendre où vous vous situez pour ne pas payer pour un service dont la loi vous dispense, ou à l'inverse, pour ne pas négliger une sécurité indispensable.
1. La distinction fondamentale : Ordinaire vs Restreint
La loi impose le "contrôle ordinaire" (le plus lourd et le plus coûteux) principalement aux sociétés ouvertes au public ou aux très grandes entreprises qui dépassent deux des trois seuils suivants : 20 millions de bilan, 40 millions de chiffre d'affaires, ou 250 emplois à plein temps,. Pour la grande majorité des PME suisses, c'est le contrôle restreint qui s'applique par défaut. Contrairement à l'audit complet, le réviseur ne vérifie pas tout dans le détail. Il se limite à des auditions, des opérations de contrôle analytiques (comparaison de chiffres, ratios) et des vérifications détaillées appropriées. Son rapport fournit une "assurance négative" : il confirme qu'il n'a "pas rencontré d'élément" lui permettant de conclure que les comptes ne sont pas conformes,. C'est moins profond, donc moins cher.
2. La porte de sortie : l'Opting-out
C'est ici que réside votre levier d'économie. Si votre société (SA ou Sàrl) emploie moins de 10 personnes à plein temps en moyenne annuelle, vous pouvez renoncer totalement à la révision,. C'est ce qu'on appelle l'Opting-out. Attention, cette renonciation n'est pas automatique. Elle exige deux conditions strictes :
• Le seuil des 10 emplois : Il s'agit d'équivalents plein temps. Si vous avez 15 employés à 50%, vous êtes à 7,5 EPT, donc éligible.
• L'unanimité : L'ensemble des actionnaires ou associés doit y consentir,. Il suffit qu'un seul petit actionnaire s'y oppose pour que le contrôle reste obligatoire. Cela protège les minoritaires qui n'ont pas accès à la gestion quotidienne. La renonciation doit être inscrite au Registre du Commerce, et les statuts doivent souvent être adaptés pour supprimer l'organe de révision,.
3. Le retour de bâton : l'Opting-in
Même si vous avez renoncé au contrôle (Opting-out), la réalité économique peut vous rattraper. C'est l'Opting-in.
• Par les actionnaires : Tout actionnaire peut, au plus tard 10 jours avant l'assemblée générale, exiger un contrôle restreint. S'il détient 10% du capital, il peut même exiger un contrôle ordinaire (Opting-up),.
• Par les créanciers (Banques) : C'est le cas le plus fréquent. Une banque peut conditionner l'octroi ou le maintien d'un crédit à la présentation de comptes révisés. Dans ce cas, vous devrez réélire un réviseur, même si la loi ne vous y obligeait pas.
L'avis de Klear Conseils :
L'Opting-out est une excellente mesure pour les petites structures familiales ou unipersonnelles où le patron est aussi l'actionnaire unique. Pourquoi se contrôler soi-même ? Cependant, notre conseil stratégique est de ne pas regarder uniquement l'économie immédiate. Si vous envisagez de vendre votre entreprise dans les 3 à 5 prochaines années, gardez le contrôle restreint. Des comptes audités par un tiers indépendant rassurent énormément les acheteurs potentiels et facilitent les "Due Diligence" (audits d'acquisition). L'absence de révision peut être perçue comme un manque de transparence et faire baisser le prix de vente. Si vous optez pour l'Opting-out, assurez-vous que votre fiduciaire établisse les comptes avec une rigueur d'expert ("assistance à la tenue des comptes"), pour compenser l'absence de contrôle externe.
Vous hésitez à supprimer votre organe de révision ? Ou votre banque vous demande de réintroduire un contrôle ? Contactez-nous pour vérifier votre éligibilité à l'Opting-out et nous occuperons des formalités juridiques auprès du Registre du Commerce pour sécuriser votre décision.





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